Karaganda

Soumis par Apakaz le mar 23/10/2012 - 21:49
Armoirie de Karaganda

Si le nom de Karaganda évoque des souvenirs émus à ceux qui ont eu la chance d’y rencontrer leur enfant, il a longtemps résonné et résonne encore de sinistre manière chez beaucoup de citoyens de l’ex-Union soviétique et d’autres nations.

Un peu d’histoire
Située au nord-est de la région (Oblast) éponyme, dont elle est la capitale administrative, la ville de Karaganda n’était au début des années 30 qu’une petite bourgade d’environ 10 000 habitants, perdue en pleine steppe. Le développement de la ville est lié à la présence d’un important bassin houiller. Dans les années 30 et 40, Staline y fit déporter des milliers de russes, coréens, allemands, ukrainiens, biélorusses, polonais, etc.. , et la zone se couvrit de camps de travail qui fournissaient de la main-d’œuvre gratuite pour exploiter les mines de charbon. En 1934, le nombre d’habitants était passé à plus de 100 000. Des prisonniers de tous horizons, mais principalement allemands et japonais, sont venus renforcer les rangs des travailleurs forcés pendant et après la seconde guerre mondiale. Un quartier entier de la ville, qui subsiste encore, a été construit par des prisonniers japonais (photo). En revanche, il ne subsiste plus rien des anciens baraquements du Karlag (goulag de Karaganda), mais on peut encore visiter à Spassk l’émouvant mémorial aux victimes de la guerre et de la déportation (photos). Dans les années 60-70, un grand programme d’urbanisation fut lancé, avec la construction de nombreux logements dans le sud-est de la ville, une zone plus « saine » car située à l’abri de la fumée des hauts fourneaux. Le centre de la ville s’y est progressivement déplacé et les anciens quartiers proches des bassins houillers ont été plus ou moins abandonnés.

Karaganda aujourd’hui
La production de charbon est beaucoup plus réduite que par le passé mais Karaganda reste un important bassin sidérurgique (Mittal steel), qui compte de nombreuses usines métallurgiques, mais a su également se diversifier dans l’électromécanique et l’agroalimentaire. Le centre-ville comporte un grand parc avec un lac où peut faire du pédalo l’été et du patin à glace en hiver. L’une des entrées de ce parc est ornée de la statue à la gloire des mineurs, symbole de la ville (photo). L’avenue principale, avenue Bukhar Zhyrau, est bordée de nombreux centres commerciaux, dont l’inévitable TsUm. En hiver, où la température peut descendre jusqu’à -40°C, il est bien pratique de s’y réfugier, d’autant que certains communiquent entre eux et que l’on peut ainsi parcourir d’assez grandes distances sans mettre le nez dehors. Attention cependant au chauds et froids, car ces galeries commerciales (comme la plupart des logements collectifs) sont surchauffés, et les écarts de températures entre l’intérieur et l’extérieur sont impressionnants.
Perpendiculaire à Bukhar Zhyrau, l’avenue Mira, bordée d’arbres et de nombreux restaurants, est très agréable l’été, notamment pour déguster en plein air (et parfois en musique), les fameuses shashliks, petites brochettes de mouton, bœuf ou poulet. A l’angle de ces deux avenues se dresse la statue en hommage à l’aviateur Nurken Abdirov (photo), considéré comme un héros de l’Union soviétique.
La ville possède un petit musée qui retrace l’histoire de la région (photo). Malheureusement il y a peu d’explications en anglais. Le jour où je l’ai visité avec une autre adoptante, nous étions seules et une gardienne nous suivait silencieusement de salle en salle, éteignant la lumière derrière nous chaque fois que nous changions de pièce. Elle a fini par se lancer dans une grande explication en russe, dont nous n’avons évidemment pas compris un mot. Non loin du musée se trouve l’université, qui comprend une bibliothèque avec des sections anglaise, française et allemande. On peut y emprunter des ouvrages et des DDV dans ces trois langues.
A la périphérie de la ville, les cités dortoirs de type de soviétique, aux parties communes mal entretenues et aux cages d’escalier délabrées, côtoient des quartiers plus modernes avec des maisons flambant neuves aux toits colorés, et aussi des centres commerciaux ultra-modernes qui n’ont rien à envier aux nôtres. Ce sont les contrastes du Kazakhstan d’aujourd’hui, où des pauvres babouchkas restent assisses des heures au bord du trottoir pour vendre quelques poissons séchés ou des chaussons tricotés main dans de la grosse laine, pendant qu’une autre partie de la population voit son niveau de vie s’élever progressivement à un niveau proche, voire supérieur au nôtre.